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Vidéos 1973-1983 

par Benkiffel

Dans l’histoire de l’art vidéo, Robert Cahen fait figure de pionnier et crée depuis plus de 40 ans une œuvre poétique nourrie de thématiques universelles (le voyage, la rencontre, la mort), caractérisée par un travail sur la texture et le rythme des images. Il est d'abord un chercheur, un intellectuel, un artiste majeur qui a traversé les époques en défrichant de nouveaux territoires. Compositeur de formation, réalisateur et artiste vidéo, il explore, invente une forme de narration qui transforme la réalité en une œuvre onirique.

Il intègre le Groupe de Recherche Musicale (GRM) de Pierre Schaeffer, son mentor, en 1969, puis est diplômé en musique fondamentale appliquée à l'audiovisuel en 1971 au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris avant de rejoindre le Groupe de Recherche Image (GRI) du Service de la Recherche de L'ORTF.

Après un essai vidéo collectif en 1972 (Dans l'œil du miroir) et des films de recherche en 16mm, Robert Cahen réalise « L'invitation au voyage » en 1973. Cette œuvre, fondatrice et emblématique, mêle des ralentis cinématographiques, des images arrêtées photographiques, des expérimentations techniques. Il construit et réalise des fictions poétiques, colorées, quelquefois abstraites, une idée de peinture en mouvement : un champ d’investigation qu'il n'aura de cesse d'explorer.

D'abord filmé en 16mm, l'artiste utilise des photogrammes d'images personnelles, utilise une caméra grande vitesse pour ralentir le rythme de ses prises de vues, et colorise les images en post-production à l’aide du Truqueur Universel mis à sa disposition dans les studios vidéo du Service de la Recherche. Il compose une partition sonore et visuelle dans une synthèse entre la musique concrète et son goût pour l'image traitée comme du son : il pose les jalons d'un nouveau langage.

Dès lors, ses films commencent à être diffusés sur les ondes hertziennes. Les orientations de L'INA et la fin de L'ORTF, marginalisant la recherche expérimentale, le poussent à explorer un registre davantage filmique et à réaliser des travaux de commande sans renoncer toutefois à ses aspirations personnelles. En 1979, avec « Horizontales couleurs » et « Trompe l'œil », Robert Cahen prolonge ses essais à travers des peintures cinétiques abstraites. L'utilisation du spectron, générateur de trames, lui donne l’occasion de jouer de l'illusion d'optique. Une quête de rythme, de couleur, de lumière. Robert Cahen travaille comme un poète.

« Artmatic » (1980) a été réalisé à l’Ecole Polytechnique, avec des équipements nouveaux permettant de transformer les images par drainage ou filtrage. C'est l’un des premiers films en France utilisant une caméra numérique.

« L'entre-aperçu » (1980) utilise des artifices, des cadres dans le cadre, et se joue du spectateur ainsi que des codes du cinéma. Robert Cahen est invité à la biennale de Paris.

Avec « Juste le temps » (1983), l'auteur revient à une narration plus cinématographique, enrichie de ses expériences. Un embryon de fiction, des paysages transformés, des images saccadées montées comme dans un court-métrage, le tout structuré par la bande sonore de Michel Chion, en font une œuvre d’art magistrale. Cette œuvre, qui fait partie des collections du MOMA de New York, de la Künsthalle de Zurich, du Musée d'Art Contemporain d'Amsterdam, du Medialogo de Milan, le consacre définitivement comme un artiste majeur. Elle sera également montrée à la Documenta de Kassel en 1987.

Robert Cahen est passé de L'ORTF aux musées. Il donne ses lettres de noblesse à l'art vidéo et s'inscrit dans l'histoire du médium. A travers une approche technique pointue, toujours à l'affut de son évolution, il transforme les images, ouvre des passages et interroge le médium. Son écriture picturale, tactile et colorée, fait l'objet de nombreuses expositions et installations de par le monde. Cette exposition fait un focus sur cette décennie décisive, où le chercheur devient artiste.

Une exposition, 6 vidéos, un voyage dans le temps le temps d’un voyage. Le temps et le voyage sont deux questions récurrentes dans le travail de Robert Cahen. Deux éléments qu’il dissèque, décompose et recompose pour donner à voir ce que l’on ne perçoit pas : l’invisible. Robert Cahen ouvre des passages à travers les ondes électroniques sonores et visuelles pour révéler la poésie du monde. Le spectateur est connecté à une nouvelle fréquence. Sensible et abstraite.

Robert Cahen est un voyageur du temps. Il prend des trains vers des ailleurs. La destination est secondaire. Ce qui se joue, en réalité, c’est la possibilité de percevoir une autre dimension, hors du temps. Un présent qui lie passé et futur. Un intervalle. Une possibilité. Une rencontre.

Le ralenti redéfinit le moment, décompose les mouvements et les étire, à l’image des distorsions temporelles des rêves. Le rythme est une composante fondamentale dans l'approche de l'artiste. Il fige, accélère, ralentit, recompose une narration, crée des espaces, se joue du temps qui passe. Les souvenirs s'impriment. Une réminiscence, en filigrane, d’images intimistes auxquelles il donne une dimension plus universelle.

La bande sonore participe à cette construction, elle donne le ton, ouvre des pistes, brouille les cartes, dans un dialogue permanent. Une approche expérimentale du son qui participe à la transformation du réel.

Le travail des couleurs s’inscrit dans la même logique. En saturant les niveaux, en jouant sur les contrastes et les tonalités, Robert Cahen donne de la consistance à une réalité particulière. Celle qui se cache derrière une apparence parfois banale, une main qui feuillette un livre, un train qui entre gare, un rivage. Il fait de ses vidéos des peintures vivantes. Une peinture abstraite et magnétique. La couleur contribue également à décontextualiser la narration et met en exergue une vision onirique d'un monde en mouvement.

Des images figées qui s’animent hors du temps, comme des instants suspendus, Robert Cahen nous place dans un mouvement immobile. Il offre au spectateur d'entrevoir l'invisible, le sensible, le possible. Dans l'intervalle de ses mises en scènes, des interstices poétiques, l'auteur révèle des impressions tactiles et concrètes dans des compositions abstraites. Robert Cahen est un essayiste, un illusionniste, un magicien. Un artiste majeur, qui a contribué à faire de la vidéo expérimentale un art à part entière.

Bénédicte Bach & Benjamin Kiffel

L'exposition est visible du 22 mars au 20 avril 2019 du mercredi au samedi de 16h à 19h. Galerie La pierre large 25 rue des Veaux à Strasbourg

Vernissage le vendredi 22 mars 2019 à partir de 18h en présence de l’artiste.



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/ Où ?

Galerie La Pierre Large 
25 rue des Veaux
67000 STRASBOURG

/ Quand ?

du 22-03-2019 au 20-04-2019


/ Infos supplémentaires

Entrée libre Debut: 16