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Almodovar - La nuit, j'écrirai des soleils 

par Chris

Pour Pedro Almodovar, la créativité ne se résume pas à une joyeuse affaire enfantine. Sans manque, son moteur douloureux, elle n'existe pas. Guérir et filmer : voici le fil rouge, l'axe qui traverse l’œuvre de cet impertinent réalisateur, l'un des plus connus au monde.

Aîné de sa fratrie, Pedro s'installe avec sa famille en Estrémadure. Son père, muletier, décide rapidement d'envoyer Pedro à Caceres dans différentes institutions religieuses afin d'en faire un prêtre. Il conserve de son enfance le souvenir d'un univers hostile dont il cherche à s'échapper en s'appuyant sur les femmes de sa famille et la musique. En manque d'amour et de reconnaissance, le jeune Pedro part pour Madrid à 17 ans, sans argent, logement, ni travail. Son avenir a l'air bien mal assuré ! Pourtant, passion et le désir l'animent. N'oublions pas que la Dictature de Franco fait rage depuis des années, contraignant l’École du Cinéma à une fermeture prolongée. Pedro s'accroche à son rêve d'y entrer et ne se décourage pas. Employé au sein de la compagnie nationale de téléphone le jour, il écrit la nuit, notamment des nouvelles pour le quotidien El Pais. Ce travail d'écriture, thérapeutique, est décrit avec justesse dans le nouvel ouvrage de Boris Cyrulnik "La nuit, j'écrirai des soleils".

Avec l'acquisition de sa première caméra, la Super 8, il se lance dans la réalisation de plusieurs courts-métrages. La fin de la dictature marque le début officiel de sa carrière, marquée par la réalisation de son premier long-métrage Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier. Il collabore notamment avec Carmen Maura et Antonio Banderas, acteur principal de son dernier film Douleur & Gloire. En 1988, son film «Femmes au bord de la crise de nerf» lui permet de dépasser les frontières espagnoles. S'ensuivent Tout sur ma mère puis Parle avec elle qui provoquent un déferlement de chroniques et dépassent les compteurs de prix lors des grandes cérémonies.

Douleur & Gloire

Douleur & Gloire était mon premier Almodovar. Pourtant, j'ai vite compris que le réalisateur avait un lourd passé et qu'il voulait en parler. Durant toute la durée du film, on se demande si Salvador, personnage principal meurtri par son passé, ne figure pas Pedro Almodovar lui-même. Des flashbacks de son enfance font écho à ceux de l'Espagnol : l'absence d'hommes dans son entourage, sa surdouance et l'obligation d'aller étudier chez des religieux. Quand on lui a demandé si, en réalité, Douleur & Gloire n’était pas un film sur sa vie, il a simplement répondu : "Non, et oui, absolument".

Aujourd'hui âgé de 69 ans, il ne compte pas s'arrêter. Dans Douleur & Gloire, il met en scène l'homme qui vieillit face à ses démons, ses désespoirs, ses échecs et son renouveau. Pourtant, il reste un narrateur  circonspect mais aussi virulent dans son genre. Voilà sa gloire : ne jamais oublier la douleur !



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